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Atteindre 100% de logements basse consommation d’ici 2050 : moins de spéculation, plus de rénovation  !

Logement — 08 mai 2019

A Paris, plus de 80% du parc de bâtiments date d’avant 1974, et les nouvelles surfaces construites chaque année ne dépassent pas 1%. La rénovation des logements, bureaux et bâtiments publics existants représente donc un enjeu majeur pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 : à cet horizon, le Plan Climat de la ville, adopté l’année dernière, prévoit ainsi une diminution par deux  de leur consommation énergétique moyenne (par rapport à 2004).

La rénovation n’est d’ailleurs pas seulement un enjeu écologique, mais aussi un facteur d’amélioration du confort et de la santé des habitants. La réduction de l’humidité et de la pollution de l’air intérieur, l’amélioration de la qualité du chauffage en hiver et de la fraîcheur du logement en été sont autant de résultats bénéfiques d’une rénovation !

La qualité du bâti est par-dessus tout un enjeu social : la fin de la précarité énergétique est un objectif crucial pour réduire les dépenses contraintes des Parisiens et des Parisiennes liées au logement, notoirement élevées, en particulier pour les plus vulnérables.

Face à ce défi, les progrès s’avèrent encore trop lents. Dans le parc social, la performance énergétique des logements progresse, même s’il faut encore accélérer pour atteindre au moins 5 000 rénovations par an à partir de 2020. Le parc de logements privés, en revanche, demeure le maillon faible de ces efforts de rénovation : rentabilité insuffisante à court-terme, lourdeur des processus décisionnels en copropriété, absence de volonté des propriétaires bailleurs face à des locataires dépourvus de choix dans un marché immobilier extrêmement tendu… les obstacles sont nombreux, et connus.

Pour les surmonter, les services d’accompagnement et d’expertise créés par la Ville de Paris à destination des propriétaires désireux d’entreprendre des travaux peuvent apporter une aide particulièrement précieuse. Mais avec 1 million de logements à rénover dans les 30 prochaines années, il est également nécessaire d’avoir recours à des mesures plus incitatives.

Compte-tenu de l’envolée des prix des biens immobiliers, ce ne sont en général pas les capacités de financement des travaux de rénovation qui manquent. Mais alors que dans de nombreux territoires ailleurs en France la qualité énergétique se reflète de plus en plus dans le prix de l’immobilier (à l’achat comme à la location) – les biens les plus performants étant valorisés et les passoires énergétiques fortement dépréciées – cette logique ne s’applique pas à Paris, où ce sont bien souvent les propriétaires qui choisissent leurs locataires.

Les propriétaires bailleurs sont donc trop peu incités à réaliser des travaux de rénovation, d’autant plus que ce sont leurs locataires qui bénéficieraient des économies d’énergies. Comment y remédier ? Une solution efficace serait d’interdire la location des passoires énergétiques (en particulier les logements de classe F et G), en commençant par les zones où le marché de l’immobilier est très tendu. Cette mesure nécessiterait cependant une action réglementaire de la part du Gouvernement.

A Paris, un premier pas pourrait consister à tirer avantage du récent rétablissement de l’encadrement des loyers (permis par la loi ELAN, à titre expérimental jusqu’en 2023), en tenant compte de la performance énergétique dans la fixation des plafonds de loyer : les logements les moins efficaces devraient ainsi être loués à un prix moins élevé, afin de refléter les surcoûts d’énergie imposés aux locataires, tout en incitant les propriétaires à effectuer les travaux nécessaires. Ces derniers pourront à ce titre bénéficier des mesures d’accompagnement mises en place par les pouvoirs publics, tant en termes d’expertise que de financement.

La précarité et le gaspillage d’énergie dans les logements ne sont pas une fatalité, c’est désormais grâce à une action collective résolue que ce défi pourra être surmonté  !

Antoine Guillou, Coordonnateur du pôle Energie et Climat de Terra Nova