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Tribune – Audrey Pulvar et Christophe Najdovski : «Demain, des rues pour toutes et tous»

Aménagement, Ecologie, Ville — 12 février 2020

Audrey Pulvar et Christophe Najdovski appellent à une reconquête de la rue pour toutes et tous.

Anne Hidalgo a présenté son projet pour un Paris 100% vélo, un Paris où chacune et chacun a la possibilité de se déplacer à vélo en toute sécurité, quel que soit son âge, sa condition.Une de nos propositions consiste à transformer 60 hectares occupés actuellement par des places de stationnement. Transformer, car supprimer des places de stationnement ne constitue pas une fin en soi, mais un moyen pour renforcer la vie de quartier, favoriser l’essor de nouveaux usages de la rue et lutter contre le dérèglement du climat. Comment ? Grâce à la plantation en pleine terre, à l’élargissement des trottoirs pour le confort et la sécurité des piétons et à la création de pistes cyclables, tout en sanctuarisant les places de livraison des commerçants, les places de stationnement pour les personnes en situation de handicap, ou bien encore les places de stationnement pour véhicules partagés. Nous organiserons pour cela des États généraux de la mobilité et du stationnement et inciterons au stationnement des voitures particulières dans les parkings souterrains, aujourd’hui sous-occupés.

La rue, un bien commun à reconquérir

Des décennies d’hégémonie de la voiture individuelle ont voulu réduire l’espace public à un espace fonctionnel destiné aux seuls véhicules motorisés. Ainsi, aujourd’hui encore, la voiture individuelle et les deux-roues motorisés occupent 50% de l’espace public  alors qu’ils représentent seulement 13% des déplacements. Congestion, pollution de l’air, pollution sonore et émissions de gaz à effet de serre démontrent que notre système routier actuel n’est pas plus soutenable que rationnel ou efficace.

A Paris, qui compte parmi les villes les plus denses dans le monde, l’espace public est un bien rare. Notre ville se range ainsi à la 5ème place mondiale en termes de densité urbaine. Selon l’étude publiée par TomTom la semaine dernière, elle n’atteint pourtant que la 42ème position dans le classement des villes embouteillées. Pourquoi ? Parce que son système de transport public est des plus efficaces. 9 Parisien.ne.s sur 10 et 8 Francilien.ne.s sur 10 privilégient d’ailleurs d’autres modes de déplacement que les modes motorisés, au premier rang desquels les transports en commun.

Le classement établi par TomTom vient souligner une nouvelle fois que densité et congestion vont souvent de pair, ce qui explique que plus aucune métropole dans le monde ne fait aujourd’hui le choix d’accroître la place de la voiture ou de construire de nouvelles infrastructures routières. Les exemples sont trop nombreux pour être tous énumérés. Citons Barcelone et Amsterdam qui dissuadent tout trafic de transit grâce à de nouveaux plans de circulation. Londres qui développe un important réseau cyclable. Manhattan où l’offre de stationnement sur voirie est quasi inexistante. Rome et Madrid qui ferment les quartiers centraux à la circulation des véhicules motorisés. La volonté de retrouver des rues pour tous, des rues partagées, prend le pas sur le tout-voiture. A Paris, ce changement est engagé. La circulation motorisée a baissé de 22,6 % entre 2014 et 2020 et de 8% pour la seule année 2019, un record. Dans le même temps, la qualité de l’air s’améliore : entre 2011-2013 et 2016-2018, la pollution au dioxyde d’azote a diminué de 15% et de 38% pour les particules fines PM 2,5 (source airparif).

Une voiture individuelle occupe environ 10m² d’espace public pour ne circuler que 5% du temps et ne transporter, en moyenne, que 1,1 personne. Durant la grève des transports, le vélo s’est révélé plus efficace et plus rapide que la voiture individuelle. Il y avait davantage de cyclistes que de voitures aux heures de points dans les rues de Paris. Exemple : on dénombrait deux fois plus de vélos que de voitures sur le boulevard Voltaire aux heures de pointe. Ce boulevard dispose de deux voies pour les déplacements motorisés (soit 6,50 m de large), ainsi que de deux bandes de stationnement (2 × 1,80 m de plus), et de deux pistes cyclables (de 1,95 m chacune, soit 3,90 m de large). Les pistes cyclables, bien moins consommatrices d’espace, ont permis à deux fois plus de personnes de se déplacer.

De nouvelles libertés

Nous devons favoriser une ville des courtes distances au sein de laquelle il est possible de vivre et de se déplacer sans posséder de véhicule motorisé. Les transports en commun y jouent un rôle majeur, de même que les modes actifs et la mobilité partagée.

Pour libérer l’espace en surface, nous voulons inciter au stationnement des voitures dans les parkings souterrains. Les ménages parisiens possèdent 460 000 voitures pour 610 000 places de stationnement : 120 000 en voirie et 490 000 dans les parkings souterrains. La plupart des places de stationnement se trouvent aujourd’hui dans les parkings souterrains. Est-il rationnel que des dizaines d’hectares de voirie accueillent des voitures qui ne circulent pas, alors que les parkings souterrains sont largement sous-occupés ? Nous organiserons des États-généraux de la mobilité et du stationnement afin de réunir tous les opérateurs du stationnement, gestionnaires de parkings, bailleurs et copropriétaires, sur cette idée. La voirie doit être demain utilisée par ceux qui en ont le plus besoin, acteurs économiques, commerçants, artisans et personnes à mobilité réduite. Elle doit servir au stationnement sécurisé des vélos, aux véhicules partagés et à la création de nouvelles Rues aux enfants. 

L’objectif est encore de transformer une partie de ces places de stationnement en plantations d’arbres, en lien avec l’objectif annoncé par Anne Hidalgo de plantation de 170 000 nouveaux arbres à Paris. Nous sommes de plus en plus confrontés aux conséquences du réchauffement climatique. La végétalisation des rues par la plantation massive d’arbres  permet de rafraîchir Paris et de réduire les îlots de chaleur. C’est une réponse à l’urgence climatique qui nous concerne tous.

Retrouver la dimension humaine, renforcer la convivialité des espaces communs, concevoir des villes où il fait bon marcher et bon pédaler, où il devient à nouveau possible de jouer, de faire du sport, des villes pour les enfants, pour nos aînés, pour les plus vulnérables et les personnes en situation de handicap, voilà de nouvelles libertés et un modèle de ville centré sur la priorité donnée aux modes actifs, marche et vélo, et aux transports collectifs : des rues pour toutes et tous, végétalisées, à l’heure où le défi du climat nous impose de réinventer et, pourquoi pas, réenchanter nos villes.

Audrey Pulvar, candidate Paris en Commun & Christophe Najdovski, adjoint aux transports et candidat