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Pour un espace des cultures métropolitaines à Paris

Culture — 02 décembre 2019

Par Christophe Girard, adjoint à la Maire de Paris pour la Culture, fondateur du club La Gauche en Mouvement LGEM

C’est dans un dessin aux volutes dramatiques, exposé cette année au musée Cognacq-Jay, qu’en 1792 le peintre révolutionnaire Auguste Garneray représente le peuple de Paris insurgé contre la royauté. En 2015, nous nous réveillons en effroi car ce sont des dessinateurs qui sont victimes de l’intolérance fanatique. Alors que le street art a trouvé sa place au Grand Palais (2009) autant que dans nos villes (l’illustre le musée à ciel ouvert du 13e arrondissement), qu’Enki Bilal fut magnifié au Louvre (2013), que le jeu vidéo est élevé depuis plusieurs années au rang d’art car il porte en lui des « références à tous les arts qui l’ont précédé » (Emmanuel Ethis), que le livre le plus diffusé au monde, Le Petit Prince (145 000 exemplaires), est amoureusement indissociable des illustrations qui l’accompagnent et qu’Astérix le Gaulois cumule trois fois plus de ventes que ce dernier (350 000 exemplaires), aux côtés des mangas japonais et de Tintin qui emplissent notre imaginaire partagé,  nous voyons à quel point la culture visuelle marque et dépeint notre époque, devient iconique et nous donne des références en partage.    

Auteurs, dessinateurs, grapheurs, caricaturistes, tous croquent notre histoire et notre quotidien, portent nos combats collectifs en quelques traits virtuoses d’une simplicité déconcertante ou d’une complexité singulière. Tous nourrissent notre regard de longues heures durant et maintiennent notre esprit émerveillé devant un détail que l’on pense être seul à avoir identifié. Tous animent en nous un désir de beauté et d’universel autant qu’ils éveillent notre conscience face aux désastres, aux injustices, aux violences inacceptables. Tous nourrissent notre imaginaire et nous poussent à ouvrir largement notre champ de vision.

Ce n’est pas un hasard si les bibliothèques et médiathèques sont les équipements culturels les plus plébiscités et les plus représentatifs de notre société. Leur fonction démocratique première, de rendre le savoir et donc la capacité d’analyser et de critiquer, accessible à tous, sans barrières ni contrôles, s’en est trouvée décuplée de par l’immense diversité créative de ces dernières décennies : romans graphiques, jeux vidéo, revues illustrées, journaux satiriques, bande-dessinées…

Ville-monde, ville de création par excellence, Paris est une capitale qui ne s’endort jamais, toujours en ébullition créative. Elle est la ville de toutes les cultures, qui grandissent sur la base du patrimoine pour innover sans cesse. Nous souhaitons qu’un geste fort soit lancé pour reconnaître à leur juste valeur les expressions culturelles d’aujourd’hui, sans les isoler, sans les circonscrire à des définitions faciles et populistes. Nous souhaitons les inscrire dans l’histoire sans équivalent de notre ville autant que dans celle en construction de la métropole. Car elles sont mythiques autant que parties prenantes du quotidien de millions de personnes.

C’est dans le nord de Paris, au cœur de la métropole, que prendra place un site culturel d’une nouvelle génération : il contiendra en son sein les réserves de nos musées et de nos bibliothèques, nos archives qui retracent des siècles d’histoire commune et les collections municipales d’art contemporain. Ce bâtiment ouvert au public contiendra en son sein un espace de pratiques, d’activités et d’expositions qui vivra au rythme de la créativité des images d’aujourd’hui, rendant un juste hommage à tous ceux qui animent et colorient nos vies, les font déborder au-delà des cadres et des étiquettes.

Nous proposerons aux villes voisines, à la métropole et aux départements limitrophes de s’y inscrire, de participer avec nous à ce mouvement d’ouverture et de reconnaissance de ces génies visuels grâce auquel notre conscience reste toujours en alerte.